Comment jardiner bio ? Le guide du potager bio dans son jardin

Two small children in vegetable garden, sustainable lifestyle

Marre d’avaler des pesticides et de polluer la planète ?
Le jardinage bio intéresse de plus en plus d’apprentis jardiniers soucieux de leur santé et de l’environnement.

Les confinements successifs ont doucement amenés les citadins dans les zones plus rurale, en recherche d’authenticité, et de leur propre potager bio .

Petit aperçu du phénomène et règles de base avec Johan Poisti, écologue à la ville de Lille.

Jardiner biologique, ce n’est pas compliqué !

C’est une méthode de fainéant » plaisante Johan Poisti en guise de préambule.

Ecologue à la ville de Lille, il intervient à titre personnel dans les jardins de la ville.
Cet espace de verdure est un vrai laboratoire de l’agriculture biologique. « Il a été laissé un peu à l’abandon. Mais, c’est un exemple de la diversité. On y trouve des centaines d’espèces d’insectes et de nombreuses variétés végétales locales comme le Cornouiller sanguin ou l’Aubépine ».

Car, c’est une des règles de base en agriculture biologique : favoriser les espèces locales. Pourquoi ? « Tout simplement parce qu’elles sont mieux adaptées à notre climat ! C’est du bon sens… ».

Et du bon sens, le jardinage bio en est rempli ! « Il est plus facile et moins usant de jardiner avec la nature que contre elle » explique Johan Poisti . « L’homme veut toujours domestiquer la nature sans même se poser les bonnes questions ! On voit des gens qui s’acharnent à arracher les mauvaises herbes sans savoir si elles sont utiles ou pas.

Par exemple, nombre d’entre elles sont nécessaires aux insectes qui contribuent à l’élimination des parasites : coccinelles, syrphes ou chrysopes ».

Comment faire un potager bio ?

comment faire son potager bio ?

Première règle pour faire pousser de beaux légumes : avoir un sol riche. « Le principe dans le potager, c’est le respect du sol, c’est-à-dire l’apport de matière organique qui enrichit la terre à la mesure des cultures qu’on souhaite y mettre » confie Johan Poisti .

L’occasion pour les jardiniers de faire leur propre compost ! « Sans compost qui deviendra humus, la terre meurt » écrit Marc Grollimund, agro-écologue, auteur de l’ouvrage Jardiner Bio. « Les bactéries et les champignons microscopiques transforment la matière organique pour la rendre assimilable par les racines des plantes. Le sol aéré, travaillé et amendé, évitera les maladies tout en gardant un excellent niveau de production sans épuiser la terre ».


Plutôt que de bêcher le potager, on utilise une fourche à deux manches, appelée aussi grelinette.

Ce drôle d’outil permet de décomposer la terre sans la retourner, chose préjudiciable au sol. Autre astuce très importante : le paillage du sol qui permet de réduire l’arrosage l’été et de protéger la terre du froid pendant l’hiver.

« En général, on met le compost puis le paillage ce qui protége le sol du gel et des intempéries mais qui favorise aussi la vie biologique.

Selon la région, on enlève le paillage en mars/avril quand la terre commence un peu à se réchauffer, pour les premiers semis ».

Le must pour pailler ? Recycler les végétaux du jardin : les feuilles qui tombent l’automne, le tonde de la pelouse séchée ou encore les fins rameaux d’arbres broyés.

Rotation des cultures

Pour ne pas appauvrir le sol, pensez à faire tourner les cultures.

« On classe les cultures en quatre familles : légumineuses, légumes feuilles, légumes racines et légumes fruits. Ce qui demande le plus d’engrais, ce sont les lègumes fruits : citrouilles, tomates, etc. Cela épuise le sol. L’année suivante, si on fait exactement la même culture au même endroit, il va se produire un déséquilibre du sol qui peut engendrer des maladies ».

Un des grands principes en agriculture biologique est donc de faire bouger les cultures tous les ans. Par exemple, à la place des citrouilles, on plantera des petits pois, moins exigeants. Favorisez également la présence des insectes. Et oui, chacun a son utilité dans le jardin ! « L’intérêt est de bénéficier des services gratuits de la nature » confie Johan Poisti . « Le lierre est une plante géniale : il produit une quantité astronomique de nectar pour nourrir de nombreuses espèces d’insectes qui participent au bon équilibre du jardin ! »

Enfin, dernier conseil : plantez des espèces locales. Cela ne vous viendrait pas à l’esprit de faire pousser des ananas dans votre jardin, non ? Alors, favorisez les espèces végétales de la région. Vous participerez ainsi à la sauvegarde du patrimoine végétal et serez sûr de cultiver des fruits et des légumes adaptés ! Par exemple : le flageolet vert (Verdelys), la carotte de Tilques ou encore l’artichaut du marais audomarois.
Du bon sens, on vous dit !

Comment faire son propre compost ?

Pour avoir de jolis légumes, il faut nourrir le sol de votre jardin. 

Pour cela, pensez à faire votre propre compost. Mais attention, le compost n’est pas un tas d’ordures ! Il faut respecter quelques règles pour avoir à portée de main et à moindre coût, l’or du jardin. « Composter, c’est l’art d’accommoder les restes ! » écrit Marc Grollimund, agro-écologue, auteur de l’ouvrage Jardiner Bio.

« Pour faire votre compost, vous pouvez recycler tous les éléments du jardin et de la cuisine. Respectez une proportion d’environ 20 parts de matériaux secs et carbonés tels que feuilles mortes, paille, copeaux ou broyat de branches, pour une part d’humides (gazon, fumier, feuilles vertes, etc.) ».

Pour accélérer la fermentation du tas, vous pouvez  ajouter des orties ou de la camomille, de la valériane, de la prêle et des pissenlits qui favorisent le développement des micro-organismes et des champignons du compost.

Enfin, choisissez un endroit ombragé et disposez le tas sur le sol. Vous pouvez également vous munir d’un silo à compost, plus esthétique. « Les silos à compost du commerce ou que vous pouvez fabriquer n’influent pas sur la qualité du compostage. Réalisez en bois non traité, en béton ou en grillage un silo supérieur à 1 m3 sur trois côtés.

La face avant ouverte facilitera le travail de la fourche… » écrit Marc Grollimund.

Protéger les abeilles

Si l’on en croît Albert Einstein qui disait « si les abeilles disparaissaient, l’humanité n’aurait plus que quatre années à vivre », il semble que le chaos soit à nos portes.

 si les abeilles disparaissaient, l’humanité n’aurait plus que quatre années à vivre

Ces gentilles ouvrières seraient en effet fortement menacées par les traitements phytosanitaires et autres produits chimiques. Tant et si bien qu’en 2007, nous avons connu un syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles. Aux Etats-Unis près de 25 % du cheptel aurait disparu pendant l’hiver 2020/2021.

Une situation jugée très préoccupante par de nombreux économistes et écologues. « Je crois que près de 50 % de ce qu’on mange dépend des abeilles » confie Johan Poisti. « Sans abeille, pas de pollinisation, donc pas de fruits ni de légumes ».


En résumé : si vous souhaitez récolter des fruits et lutter pour le bien de la planète, protégez ces ouvrières qui butinent. Comment ? Il suffit de peu de choses. « En France, on compte mille espèces d’abeilles différentes » explique notre écologue.

« Pour favoriser la présence d’abeilles solitaires dans votre jardin, accrochez à un poteau en plein soleil, à bonne hauteur du sol, un morceau de bois dans lequel vous aurez percé au préalable plusieurs trous de différentes tailles. Cela fera un excellent abri pour ces espèces très menacées ».

De quoi vous assurez, peut-être, une bonne récolte de fraises !

Jouer sur les associations de légumes

En agriculture biologique, on joue beaucoup sur les associations de légumes. Certaines espèces végétales vont très bien ensemble. « Par exemple, le maïs, les tomates, les haricots à rames et les courges » confie Johan Poisti.

«  Ou les poireaux et les fraises. Ainsi, l’odeur du poireau repousse les insectes. En revanche, n’essayez pas de faire pousser de l’ail à côté de petits pois ! ». Dans un jardin d’agriculture biologique, il est également très courant d’associer fleurs et légumes.

Les soucis, les bleuets ou encore les œillets d’Inde contrarient les parasites. Récupérer l’eau

L’eau est une ressource précieuse qu’il faut aussi économiser. Alors, on cesse les arrosages intempestifs et on récupère l’eau de pluie pour arroser ses salades. « Si on a de la place, l’astuce est de récupérer l’eau de pluie et de l’envoyer dans une mare. Cela peut très bien être un point d’eau artificiel réalisé avec une bâche comme dans le jardin de Wazemmes.

Cela permet à l’eau souvent chargée de polluants de se purifier au contact des plantes aquatiques. Ensuite, on y puise son eau avec un seau pour arroser ses légumes ». Si vous n’avez pas la place de créer une mare, vous pouvez également investir dans un récupérateur d’eau.  « Seule exception à la règle : les toitures en fibrociments qui contiennent de l’amiante et qui sont susceptibles de polluer l’eau récupérée ».

I believe I can fly
I believe I can fly

Comment se débarrasser des limaces

Si Johan Poisti recommande le bon vieux couteau pour se débarrasser des limaces – âmes sensibles s’abstenir ! – d’autres petites astuces biologiques permettent de dire définitivement bye-bye aux nuisibles.

« Le piège à la bière pour les limaces est très bien. Mais attention : il ne faut pas enterrer les gobelets. Il faut juste poser le piège rempli de bière sur le sol pour que le gastéropode attiré par l’odeur s’y noie ».

Seul inconvénient : le vider régulièrement, sans quoi, la soupe à la limace tournera à la soupe à la grimace ! Veillez aussi à utiliser de la bière sans alcool. Et oui, on a remarqué que les hérissons buvaient la bière du piège et qu’ils sont alors incapables de se protéger des prédateurs… en état d’ébriété avancé !

un hérisson